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Le lolcat d’Iran

« La vie vaut-elle le coup d’être vécue ? » semblait me dire l’autre jour mon chat, engoncé dans un prélassement inhabituellement grave et existentiel. Autant dire une posture un peu pompeuse. Quelle mouche le piquait ?
Je ne reconnaissais pas là l’air satisfait du nabab à poils et ce charme tant jalousé des chats domestiques. Je ne reconnaissais pas là mon chat.

Je le voyais à son oeil inquiet, à sa queue hagarde, la condition féline l’accablait. Pensif, il se remettait en question, déconstruisait les valeurs auxquelles il avait toujours cru, et questionnait la confiance molle dans une vie simple et pleine de cette langueur qui ne se meut que pour la bouffe.

Chat Pensif

« Est-ce là ma vie ? », me lança-t-il, manquant de m’éborgner. « Est-ce là ma vie ? Moi le chat, suis-je par la force de ma condition condamné à errer de canapés en canapés ? »
S’en suivit une réflexion sur le sort des canapés eux-même, créatures confortables mais désespérément amorphes du point de vue du chat. Une réflexion qui n’était pas dénuée d’empathie, puisqu’elle poussait le chat à réaliser ses rapports de domination, foncièrement injustes, vis-à-vis du canapé.

De remise en cause en culpabilité, de culpabilité en haine de soi et des siens, il y a là un mauvais cheminement, hélas souvent emprunté, et auquel mon chat ne put échapper.
Il se détestait. Voilà où le pauvre en était arrivé, voilà où celui qu’on appelle « minou minou » avait échoué.

« Minou minou » donc, en avait plein les coussinets de toute cette mascarade quotidienne. Et sans plus attendre il entreprit de mettre fin à ses jours.
L’envie d’en finir était sans doute trop pressante. Je lui conseillais de prendre au moins le temps de ruminer son désespoir, histoire de mourir malheureux, pour ne rien regretteeer-eer-er. Au moins…
Et bien entendu de planifier tout ça. Parce qu’honnêtement, qui n’a jamais tenté de se pendre pour se retrouver au final le cul par terre et un morceau de placo sur la tête ? Et tout ce qu’on y gagne, c’est une légère hyperventilation… Pas de quoi fouetter mon chat.

Bref.
La défenestration depuis le rez-de-chaussée semblait l’avoir conquis en terme de panache.
Dans sa souffrance, il décida de s’aider précisément du canapé pour atteindre la fenêtre. Il y voyait là une ultime demande de pardon.

Pas une larme, pas un regret.
A peine eus-je droit à un regard en coin. Le bougre était déterminé. Il sentait le pathos de la situation prendre le pas sur la noblesse du geste. Il ne voulait pas de ça, surtout pas. Il fallait faire vite. En un éclair de seconde, il était déjà élancé vers sa triste fortune.
Je n’y pouvais rien et j’observais, passif. Une silhouette si gracile, et cette détente… Quel émerveillement face à tant de grâce.

Il était donc élancé.
Et comme une vulgaire mouche même pas bourrée, il se laissa berné par la transparence de la vitre et s’entarta la gueule, pour se ramasser sur le carreau. Ce sans aucun panache, bien entendu.
Encore étourdi, il leva sa frimousse vers moi et miaula grossièrement, de longs instants. Il miaulait comme un être humain s’esclafferait. Un son un peu effrayant, mais rassurant dans le fond.

Je le regardai et j’éclatai de rire à mon tour.
Bon Dieu qu’il est con ce chat.

Conduction et Droits de l’Ohm

Qu’on se le dise, les Droits de l’Homme ne sont pas universels. Grands dieux pourquoi ça ? me dites-vous, bande de païens. C’est pourtant simple.
En Afrique par exemple, on les appellerait présentement « Les Doigts de l’Homme » (prononcez « Dwas de l’Homme ») d’après les précisions de feu Léopold Sédar Senghor, célèbre agrégé de grammaire et pouet pouet à ses heures perdues.
Autant dire que feu le bougre savait de quoi il parlait.

Cette divergence avec l’Occident pose un problème des plus sérieux. En effet, la prononciation porte et même fenêtre à confusion. Elle laisse entendre que les africains ont l’esprit tordu et libidineux, et ce malgré un sexe de taille ridicule, que les pauvres hommes espèrent compenser par l’achat de 4×4 en peau de zébu.
Une inclination déraisonnable à la consommation qui ne manque pas de provoquer des pénuries régulières de zébus, les sales bêtes préférant émigrer en Amérique, profiter d’un climat fiscal moins oppressif et échapper au dépeçage dont la pratique annihile tout espoir d’une peau mate et satinée au sortir de l’été.
Conjoncture pataude, donc, dans laquelle les éleveurs sont les premiers touchés, et aggravée en ce sens par le modèle économique qui reste indécrottablement communiste, tendance Thatcher Evil Commie Twin.
Charles Taylor lui-même n’a pu y remédier, malgré un esprit des plus combatifs.
Mais je me perds.

Comme mon Moi disait avant d’être grossièrement interrompu par mon Ça (c’est tout Ça, ça), cette dénomination de « Doigts de l’Homme » est franchement allusive et ouvre la voie à des calembours inespérés.
Ainsi et malgré les apparences, les Doigts de l’Homme s’appliquent à la femme, ravie de s’en voir donner.
Modernité et ragnagnas obligent, la femme de ménage de Ségolène Royal, serpillière chevillée au corps, tenta un moment d’imposer le nom plus consensuel de Doigts Humains… En vain. Hommes 1. Succubes 0.

Dieu dit : Que les Doigts de l’Homme soient !
Et la Femme vit que cela était bon.

Mais laissons la guerre des sexes de côté pour nous intéresser plus avant aux fameux Doigts.

Les Hommes naissent libres et égaux en doigts, et ils le demeurent volontiers par la suite.
Les Doigts de L’Homme sont inaliénables, sauf accident ménager.
Il existe des doigts individuels (doigt de propriété) comme il existe des doigts collectifs (doigt d’association). Néanmoins les doigts individuels, seuls, font pâle figure.

Doigt individuel.
Incohérence manifeste.

Il est donc indispensable d’adjoindre des doigts collectifs pour une meilleure prise en main des libertés.

Hélas, proclamer les Doigts de l’Homme est une chose. Les appliquer en est une autre.
Lorsqu’un dictateur fraîchement élu par lui-même suggère à l’opposition de se mettre les Doigts de l’Homme là où il pense, on sait que ça va mal finir.
Plusieurs ONG veillent donc au respect des Doigts, telle Manucure International qui répertorie chaque année dans un désormais célèbre rapport, les atteintes aux Doigts de l’Homme dans le monde. Certains de leurs militants s’engagent pour les Doigts au péril de leur vie, provoquant des régimes autoritaires qui dès lors n’hésitent pas à leur taper sur les droits, éveillant ainsi l’opinion internationale.

Cependant, différentes critiques ont surgi contre la pertinence et la légitimité des Doigts de l’Homme.
Je n’entends pas par là la fameuse critique des doigts formels par Marx dans la Question juive (la question dont on ne voit pas le bout), car le barbu ne s’oppose en rien aux doigts dits substantiels, toujours plus dodus.

Notons que ce n’est pas un hasard si les Doigts de l’Homme n’ont cessé de grossir, ce tant et si bien que la déclaration s’en trouve toute boudinée. Nous sommes pour ainsi dire envahis de doigts. Doigt de ceci, doigt à cela. « j’ai le doigt », « c’est dans mes doigts »… Partout, des doigts.

Flippant, non ?

Les minorités réclament toujours de nouveaux doigts, à l’image des homopédés exigeant le doigt au mariage, que d’autres appellent l’annulaire. Le célèbre mou du con Noël Mamère accorda un jour ce doigt au nez et à la barbe de l’Etat, qui se trouva fort incommodé par le geste.
Mais ce n’est pas tout.
Les handicapés aussi brandissent les Doigts de l’Homme à la figure des institutions. Donnez-leur des doigts et ils vous prendront le bras. Surtout les manchots.

Les partisans les plus intransigeants des Doigts, les doigtsdel’hommistes, les défendent bec et surtout ongle. Ils supportent mal ne serait-ce qu’une remise en cause, un simple questionnement de l’autorité des Doigts, n’hésitant pas à jeter l’anathème contre des réactionnaires décidément grossiers.

Lee Van Cleef, intellectuel violemment réactionnaire.

Pour finir, citons Patrick Bruel, condamné pour attouchement sur mineur suite à la lecture de mon billet :